Une heure d’un matin, le nid vu du sol…

7 juillet 2017 – 10h 30 – Le nid du Grand Bois est tranquille…

Sous l’œil distrait de Sylva, Lény et Jéry somnolent plus ou moins au fond du nid, tandis que Kali en équilibre sur le bord sud du nid contemple le vaste paysage.


Un passage, ou le départ de Reda de son perchoir ? L’attention se fixe, les jeunes s’ébrouent et sortent de leur somnolence. Tout le monde se retrouve au balcon…
Puis, pour se détendre, quelques exercices de battements d’ailes ne sont pas de trop…


Mais la chaleur tempère les exercices.  Alors Sylva propose une fois de plus l’ombre  protectrice de ses ailes déployées en parasol pour abriter au moins deux des jeunes…


Enfin le dénouement de cette attente : Reda fait sa livraison de poisson… et repart immédiatement.

Cette fois, c’est Jéry qui est le mieux placé pour avoir la priorité : Sylva le nourrit sous le regard patient des deux autres.  Pas de souci : il y en aura pour tout le monde !

 

Quand Reda sort un Hotu de l’eau

09/05/2017 –  11h 35 – Reda a pêché en Loire. Un joli petit Hotu tout frétillant, mais certainement interloqué de se retrouver privé de son milieu aquatique… Quelques minutes après, il s’extrait du Val et prend de l’altitude.


C’est ainsi, chez les Balbuzards : sortis de l’eau, ils  s’ébrouent pour se débarrasser du liquide qui alourdit leur plumage ; puis, en prenant de l’altitude, ils se débarrassent tant bien que mal des oiseaux harceleurs qui aimeraient bien leur soustraire leur proie ; ils entament alors une longue montée en spirale, en utilisant les courants ascendants. Ils montent juste assez haut pour que le retour à l’aire se fasse en direct, totalement en vol plané.
C’est dans cette phase de montée que nous l’apercevons, et que nous le photographions alors qu’il tourne au dessus de la prairie du Mont.

Mais par un beau concours de circonstances, Reda avait déjà été suivi et (très bien) photographié par un visiteur des bords de Loire, rive sud, qui désormais intervient sur notre Forum sous le pseudo de Chrisdef.


Revenons à la montée de Reda chargé au dessus de la prairie du Mont :

Dès que Reda a disparu derrière les frondaisons du Grand bois, nous observons le nid sur BalbuCam pour voir si Reda y débarque immédiatement. Mais non, il n’y a pas réapparu tout de suite. C’est donc qu’il est entrain de dégager la tête du poisson avant de le livrer à Sylva.

 

Livraison qui intervient juste avant midi.

Sylva récupère la proie avec son bec, puis l’accroche avec ses serres avant de quitter l’aire pour aller prendre son repas à l’extérieur.

Reda prend immédiatement le relais sur la couvée.

Voilà un moment des moments forts vécus sur le site BalbuCam, le seul où en plus des vues « En direct » du nid continues, on peut observer par moments ce qui se passe « hors-champ » !

12 mai 2017 : Sylva protège ses œufs de la grêle

L’orage s’est fait de plus en plus menaçant, puis soudain il éclate avec une pluie de grêlons aussi gros que des billes d’écoliers.

On observe Sylva étendue au fond du nid pour protéger courageusement sa portée… Mais l’orage provoque une coupure du courant électrique qui nous prive de la suite.

Le « En direct » ne propose plus qu’une courte séquence répétitive où l’on voit très étrangement Sylva lever la tête pour affronter la tempête de face…

11 Avril 2017 : Reda chasse l’intrus

11 avril 2017 – Reda est revenu depuis trois quarts d’heure seulement d’une pêche-éclair : en moins de dix minutes aller-retour, il a capturé un très gros poisson, l’a rapporté près de l’aire (voir notre article « 11 avril 2017 : Les détails d’une pêche éclair« ). Depuis, il en a déjà consommé  la tête.

Mais une alerte intervient, et c’est « poisson au pied » qu’il repart pour une poursuite au ciel qui va durer pas moins de trois quarts d’heure !


La première phase est une poursuite assez haute et relativement distante :

Puis Reda se rapproche par le haut et force son adversaire à tenter quelques esquives :

Arrivé au contact, on se rapproche du « corps à corps » :

Finalement, toujours en solution dominante, Reda « attaque » en esquissant toute une série de piqués successifs suivis de « ressources » (en aéronautique : remontée  brusque) ; le tout ressemblant à un « vol festonné » que l’on retrouve par ailleurs dans les parades de séduction.

L’intrus a fini par renoncer et a fui les lieux.

Reda rentre dans son domaine , ey au vu de toute l’énergie qu’il a déployée pour le défendre, on peut imaginer qu’un bon repas va suivre pour compenser…

11 avril 2017 : Les détails d’une pêche éclair

Ce matin là, Reda s’affirme comme un champion en bouclant sa pêche… en moins de 10 minutes !

Nous l’avons vu partir de l’aire du Grand Bois à 10h 40 .  Et nous étions là à son arrivée près de la Loire, ce qui nous a permis de  suivre toutes les étapes de son parcours : maraude, plongeon rapide, pêche d’un poisson très lourd et très difficile à extraire de l’eau. Puis montée et sortie du Val avec, dès l’extraction du fleuve, une épreuve classique : le harcèlement d’un Goéland leucophée particulièrement agressif.

Retour de Reda à 10h 49 au Grand Bois chargé de son méga-poisson, qui probablement n’est pas loin de peser aussi lourd que lui-même.

Voilà, 9 minutes en tout et pour tout pour ce cycle de pêche, c’est une performance exceptionnelle… facilitée évidemment par la faible distance entre le nid et la ressource de nourriture.

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Reda ne s’est pas posé sur le nid, mais sur une branche-perchoir où il commence à « attaquer » la tête avant de passer le poisson à sa compagne.

Cependant, quelques minutes plus tard, une « alerte-intrusion » le ramène sur la plateforme, dont il va redécoller immédiatement… sans avoir lâché sa proie : il va devoir porter sa lourde pêche pendant la grande poursuite aérienne qui s’ensuivra…

 

Hors du champ de BalbuCam

Le contexte de l’aire de BalbuCam à Mardié  est tout à fait exceptionnel, et certainement unique en France : l’aire est très proche de la Loire, et  lorsqu’un Balbuzard la quitte pour aller à la pêche ou monte au ciel pour une raison ou pour une autre, il a toutes les chances d’être pris en chasse photographique par un membre de l’équipe en veille sur son parcours ! Ainsi, en 2016, avons-nous pu offrir à nos visiteurs des scènes de plongeon et de prises des poissons vus par ailleurs à leur arrivée sur le nid ! Ou voir Vic posé sur le grand Epicéa après son premier envol. Sympa, non ?

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La Loire est-elle à nouveau propice à la pêche ?  Pas sûr ! En tout cas, nous n’avons pas encore vu de plongeon complet d’un de « nos » Balbus, juste des « maraudes » attentives.

La première que nous vous montrons date du1er avril après-midi, dans un ciel très gris. Sylva décolle brusquement comme pour repousser une intrusion, mais assez vite, elle traverse vers le fleuve. Titom n’est pas revenu, et l’attente devenant inquiétante, elle a rencontré et fixé un « remplaçant » pour assurer la reproduction. Son nouveau partenaire n’est là que depuis 24 h, sans doute estime-t-elle qu’il n’assure pas encore son « room service » de poissons…


Sans doute le jeune mâle O4 a-t-il été admis sur l’aire la veille au soir,  mais il y a encore une tension palpable. Et quand  peu après 18 h, il quitte l’aire, c’est pour aller se poser en haut du grand Épicéa, à quelques dizaines de mètres plus loin, et y rester assez longtemps, tourné vers la Loire…

Dimanche 2 avril – 8 h 45 : Le nouveau compagnon de Sylva a vite pris consciences de ses obligations, et maintenant va souvent à la pêche. Ce matin, il guette la proie juste au droit du Belvédère Genevoix , entre le Mont et l’île des Baffaits. Le ciel est limpide, la lumière basse n’écrase pas la scène. Belle occasion de décomposer ce type de vol stationnaire.

 

Bon, pas de doute, O4 est un B.G…  Et il a déjà du métier !

Balbuzards, le grand voyage… solitaire (suite 3) – Migration, hivernage et retour

Nous avons d’abord parlé des migrations aviaires en général. Puis nous avons suivi le périple  (raccourci) de Tom, seul Balbuzard pêcheur équipé de balise Argos en France.  Rentrons maintenant dans les détails sur les parcours migratoires de nos rapaces favoris. Détails résultant d’une somme d’observations et de statistiques recueillies depuis quelques décennies.

Nous en avons déjà beaucoup parlé : comme pour beaucoup d’espèces d’oiseaux nidifiant en Europe continentale, et sauf de rares exceptions, le Balbuzard pêcheur va passer l’hiver en Afrique pour y trouver un climat plus chaud. Grand migrateur au vol puissant, et moins dépendant des courants thermiques que d’autres, il ne suit pas un couloir de migration étroit, comme les Grues par exemple. Et il ne craint pas de traverser les mers et les déserts.

Les jeunes de l’année migrent eux aussi, à la fin août ou au début septembre. Les observations donnent des indications contradictoires : ils partent aussi bien avant qu’après les adultes. Mais ayant trouvé leur point de chute en Afrique, ils ne vont pas repartir au printemps : ils vont rester au moins un à deux ans de plus sur leurs sites d’hivernage avant de revenir en Europe. En principe, dans une certaine proximité de leur lieu de naissance.
Titom, qui s’est installé à Mardié, était né à Chambord : ce n’est pas la porte à côté… La réussite d’une certaine « dissémination » pourrait faire évoluer les choses.

 

Sur son parcours migratoire, le Balbuzard effectue des haltes sur des sites favorables (fleuves, étangs…), le plus souvent en solitaire. Parfois par paires, rarement à plus de trois. Il peut y séjourner durant quelques jours, voire quelques semaines. Mais lors des retours, les adultes sont peu enclins à perdre du temps en chemin, compte-tenu de la compétition à laquelle ils peuvent s’attendre pour la réappropriation des nids avec les nouvelles générations.

Les seuls rassemblements notables sont observés en zone d’hivernage, rarement plus d’une vingtaine d’individus.

 

Les migrations postnuptiales ont lieu à la fin de l’été. Quelques premiers déplacements peuvent intervenir dès juillet dans la moitié Nord de la France, mais 80% des oiseaux franchissent les Pyrénées entre la fin août et le début octobre, avec des pointes entre le 5 et le 15 septembre ; en Provence, le passage est le plus marqué lors de la première décade de septembre. A Gibraltar, la pointe se situe vers le 17 septembre.

 

Le vol battu étant beaucoup plus utilisé que chez la plupart des rapaces, notre migrateur est plus rapide que ces derniers. Pour autant, il peut utiliser les ascendances thermiques à l’occasion. D’autant qu’il vole essentiellement de jour, même si des suivis satellites ont confirmé qu’une partie de la migration s’effectuait de nuit, surtout lors des grandes étapes comme les déserts et la traversée de la Méditerranée. Des vols sont observés dès les premières heures du jour, et jusqu’au crépuscule : c’est le rapace à l’amplitude horaire la plus longue observé au passage des Pyrénées, même si le passage y est plus intense entre 12 et 14 h.

La vitesse moyenne mesurée avoisinerait les 50 km/h en vol mixte (glissé et battu) et 42 km/h en vol battu continu, le plus fréquent chez l’espèce Mais la traversée du Sahara s’effectuerait beaucoup plus vite, à une vitesse moyenne de 80 km/h.

Les trajets migratoires se resserrent sur la Méditerranée. La grande majorité des individus des populations de Grande Bretagne ou des pays nordiques qui traversent l’Europe de l’Ouest en direction de l’Afrique tropicale franchissent les Pyrénées avant de se diriger vers le détroit de Gibraltar. Les principaux sites de passage sont les cols du Transpyr (entre 200 et 300 individus par automne) et le défilé de Fort l’Ecluse (entre 100 et 150).

Au contraire, les oiseaux venant de Finlande et des pays de l’Est migrent vers le sud-est : les axes passant par l’Italie et la Sicile ou passant par la Corse et la Sardaigne sont donc empruntés par une proportion non négligeable d’oiseaux.
Le trajet emprunté lors de la migration prénuptiale est parfois différent de celui emprunté à l’automne. Une étude franco-espagnole a aussi montré que le Balbuzard avait une plus forte propension à migrer le long des côtes à l’automne (69 % des individus) qu’au printemps (39 %). Même si certains sont aussi très fidèles à leurs sites de halte migratoire.

En France, les Balbuzards migrent plus volontiers que d’autres rapaces en suivant le linéaire côtier. Un peu plus de la moitié des oiseaux franchissent les Pyrénées par leur partie occidentale, 43% par l’extrémité orientale, le reste par la partie centrale.

Nous avons vu que le seul oiseau né en France et muni d’une balise Argos est resté hiverner au Portugal. Cela atteste sans doute du fait que cette espèce ne répond pas à des comportements grégaires.

 

Les parcours sont longs. Dans les années 90, un spécimen bagué en Finlande avait été trouvé mort en Afrique du Sud, à plus de 10 000 km de son lieu de baguage ; mais en moyenne, les Balbuzards nidifiant dans les pays nordiques parcourent entre 6500 et 7000 km lors de leur migration.

Ils sont aussi plein de difficultés, plein d’embuches de toutes sortes que l’on peut imaginer facilement : électrocutions sur lignes H.T., plombs de chasseurs, filets de capture, phénomènes climatiques, épuisement ou maladies etc.  Nous n’avons pas de statistiques sur les taux de mortalité imputables aux parcours migratoires, mais ils ne sont pas négligeables ; en particulier en ce qui concerne les juvéniles : on dit que la moitié d’entre eux disparaissent dans leur première année.

 

La durée de la migration postnuptiale est beaucoup plus variable que celle de la prénuptiale : en moyenne 39 jours à l’automne (de 14 à 55) et 26 jours au printemps (de 21 à 33) ; le nombre moyen de jours de voyage proprement dit est semblable aux deux passages (25 à l’automne, 22 au printemps) : mais comme on l’a dit, les haltes sont moins longues au printemps.

La plupart des individus parcourent en moyenne 250 km par jour, mais un des oiseaux suivis était un vrai champion : 431 km par jour en moyenne, 14 jours de migration. Le record, déjà cité, n’est pas de lui : un autre a parcouru 954 km en une seule journée !

 L’arrivée dans les quartiers d’hiver a lieu fin septembre-début octobre. Les oiseaux montrent une fidélité assez marquée à leurs sites d’hivernage.

La population d’Europe du Nord, à laquelle se joignent logiquement les oiseaux nicheurs de France continentale, hiverne dans la région tropicale située entre le Sénégal et l’Ethiopie, surtout en Afrique occidentale, entre la Mauritanie, le Mali et le Gabon. Quelques oiseaux des pays nordiques peuvent pousser jusqu’au sud de l’équateur et de l’Afrique.
La population qui hiverne en Afrique de l’est et du sud proviendrait surtout des pays de l’est et peut-être du Moyen-Orient.

 

Les retours en migration prénuptiale sur les sites de nidification ont lieu de début mars à fin avril, voire jusqu’en mai. Plusieurs milliers de Balbuzards adultes vont traverser la France. Un comptage réalisé en avril 2004 sur l’ensemble du bassin de la Loire a permis d’estimer entre 200 et 300 le nombre d’individus en halte migratoire un jour donné.

En région Centre, en particulier dans le Loiret, les arrivées sur les sites ont lieu à partir de début mars et s’échelonnent principalement sur un mois. Les couples se reforment lorsque les deux adultes « titulaires » revenus se réapproprient leur aire… quitte à déloger un intrus, ou un intérimaire accepté par le premier arrivé des adultes.

Ceux qui nichent pour la première fois arrivent en moyenne un mois plus tard que les adultes expérimentés.
Mais ils n’ont pas forcément encore la maturité sexuelle suffisante. Et pour concrétiser leur projet de reproduction, ils devront trouver une aire et un(e) partenaire.
On observe alors leurs mouvements erratiques, ainsi que les perturbations que peuvent provoquer leurs intrusions sur des aires… dont les « propriétaires » ne sont pas prêts à se laisser faire .

(Données empruntées aux sites  migration.net, ornithondar et rapaces.lpo.fr – Photos J.-M. S)

 

Voilà : vous savez (presque) tout sur l’autre aventure des Balbuzards pêcheurs. Celle qui se déroule depuis septembre, et qui va prendre fin bientôt, d’ici deux mois : l’aventure de la migration, cet incroyable voyage solitaire, assez merveilleux, et qui restera toujours mystérieux … En tout cas qui échappera longtemps à la BalbuCam !

Balbuzards, le grand voyage… solitaire (suite 2) – Le suivi par « GPS-Argos »

La première expérience de suivi d’un Balbuzard pêcheur par balise Argos remonte à la saison 2006. L’initiative en a été prise par le président de l’association Groupe Pandion, à laquelle nous avions adhéré l’année précédente. Ingénieur à l’I.R.D., François Baillon (ici à droite) avait entrepris cette aventure en coopération avec Damien Chevallier du C.N.R.S. (ici à gauche).

060800-f5-tom f-baillonLe suivi du jeune Tom a apporté son précieux lot d’enseignements aux scientifiques, mais a aussi réservé quelques surprises, jusqu’à l’arrêt inattendu du suivi, dix mois après l’installation de la balise.

 

 

 

Mais laissons les intéressés donner les détails de cette aventure…

En juin 2006, un balbuzard natif de la forêt d’Orléans est équipé d’une balise Argos. Retour sur une opération inédite en France.

Suite à l’accord donné par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, une balise Argos est posée sur un balbuzard immature. François Baillon, ingénieur à l’Institut de Recherche pour le Développement (I.R.D.), qui conduit cette expérience avec l’appui du Groupe Pandion, espère ainsi améliorer la connaissance sur le comportement et l’écologie du balbuzard. Les interrogations qui subsistent sur l’émancipation, l’apprentissage de la pêche, le départ en migration et  l’écologie sur les quartiers d’hivernage, trouvent quelques réponses grâce à ce suivi. Avec les opérations de baguage qui ont lieu dans plusieurs pays d’Europe, certains aspects de la migration notamment sont déjà connus. On sait ainsi que les juvéniles stationnent généralement 2 à 3 ans sur les sites d’hivernage avant de tenter leur première reproduction en Europe.

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La précision du matériel utilisé, une balise solaire Argos PTT 100 de 35 g équipé d’un système GPS, permet de connaître quotidiennement les activités de l’oiseau. On sait ainsi qu’il s’est essayé pour la première fois à la pêche seulement deux jours après le premier envol, accompagnant son père. Malgré ces déplacements, près d’un mois après son premier vol, le juvénile consomme encore des proies amenées au nid par le mâle.
Après avoir parcouru quelques km plein Est, où il fréquente pendant quelques jours un étang forestier, l’oiseau a vraiment commencé sa migration le 24 août, avant ses parents. Le 27 août, après avoir parcouru près de 300 km durant cette seule journée, il rejoint l’Espagne et passe la nuit auprès du Rio Cinca, en Aragon. Les jours suivants, la trajectoire sud-ouest, vers le détroit de Gibraltar, laisse présager le franchissement de la méditerranée. Contre toute attente, un changement de direction, difficile à expliquer, a lieu le 1 septembre. L’oiseau remonte vers le nord-est avant de franchir la frontière portugaise et d’atteindre les bords du Tage, où il a pu être photographié par un ornithologue portugais (José Viana – Photo ci-dessus à droite). Ce sera finalement le lieu d’hivernage choisi.

070100-migration_tomBien sûr, il n’est pas possible d’extrapoler à l’ensemble de la population, les résultats de cet unique individu. Mais d’autres expériences de suivi satellitaire sont menées, notamment en Espagne dans le cadre d’un programme de réintroduction en Andalousie. Ces suivis démontrent la très grande endurance des balbuzards, capables de parcourir plusieurs centaines de kilomètre sans faire de halte. Le choix des sites d’hivernage reste cependant encore un mystère. Certaines populations de balbuzard, notamment celles du pourtour méditerranéen sont sédentaires tandis que d’autres hivernent en Afrique de l’ouest et d’autres encore stationnent un an au Portugal ou en Espagne avant de traverser le Sahara.

Fin mars, alors que les individus reproducteurs ont regagné leurs quartiers d’été, l’immature équipé reste fidèle au site portuguais. Peut-être attendra-t-il la migration d’automne pour traverser la méditerranée ? à moins qu’il ne choisisse un autre fleuve de la péninsule ibérique avant d’atteindre la maturité sexuelle ? La balise sera-t-elle encore en mesure de nous renseigner sur ses premiers ébats amoureux et le difficile apprentissage de la reproduction ?
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Peu après cet écrit, la balise a cessé d’émettre : on ne saura jamais si c’est suite à un incident technique, ou en raison de la mort de Tom. Il faut avoir conscience que, statistiquement, on estime à environ 65% le taux de mortalité des jeunes Balbuzards dans leur première année…

Dix ans après, les sites internet ayant relayé le suivi de cette aventure ont disparu, mais on trouve le plus d’informations concernant Tom sur le site http://wildlifetracking.over-blog.com.  Celui-ci est d’une lisibilité médiocre, mais il regroupe, après l’initiative « pionnière » de Tom, l’ensemble des opérations de suivi naturalistes engagées depuis avec des oiseaux ou avec des mammifères en France. Avec, pour chacune, les cartes des suivis qui sont assez parlantes.

A notre connaissance, il n’y a pas eu chez nous de nouveau suivi de Balbuzard pêcheur : pour cette espèce, il faut donc plutôt s’en remettre aux nombreux suivis britanniques. C’est le sens de la carte qui clôturait notre premier article sur les migrations ; carte néanmoins limitée à un trajet Écosse/Sénégal, car beaucoup de parcours aboutissent en Afrique de l’ouest tropicale. Mais les Balbuzards peuvent avoir d’autres « points de chute » africains… Là où l’on trouve du poisson, évidemment : le Lac Tchad,  voire encore plus loin au sud-est près des « Grands lacs » qui balisent notamment les frontières de l’Ouganda et de la Tanzanie…

Pour vous donner une idée « synoptique » des caractéristiques de ces vols migratoires, nous emprunterons plutôt les données à des études plus significatives sur un plan statistique, portant sur ces magnifiques oiseaux que sont les Cigognes noires (études relayées sur un site de l’ONF) :

display533x533Un parcours de 5 000 km… en moins d’un mois

L’étude belge d’Anne-Christelle Toussaint a permis de suivre 43 cigognes par télémétrie satellitaire depuis l’Europe de l’Ouest vers l’Afrique. Les résultats sont très intéressants :

. les départs en migration se sont échelonnés entre le 20 août et le 6 octobre, pour une arrivée sur les sites d’hivernage entre le 16 septembre et le 28 octobre
. soit un trajet qui a duré en moyenne 20 jours, auxquels s’ajoutent environ 5 jours de repos
. les jeunes et immatures ont réalisé de plus nombreuses pauses et souvent d’une durée plus longue que les adultes (jusqu’à 15 jours dans le bassin de la Guadiana en Espagne)
. avec 60% des haltes, le site de pause privilégié est sans conteste la région d’Extremadure en Espagne. Même si la France et l’Afrique accueillent les oiseaux pour leurs haltes aux passages des hautes chaînes de montagnes
. une majorité des jours de repos sont pris en conditions météorologiques perturbées (dépressions atmosphériques) lorsque nuages, humidité et vents limitent tout déplacement.

 

Des chiffres impressionnants

5 000 km : c’est la distance moyenne parcourue en un mois

250 km : c’est la distance moyenne parcourue par jour (envol dès 8-9 heures du matin pour 6 à 7 heures de vol)

568 km : c’est le record de la distance parcourue en une seule journée

40 km/h : c’est la vitesse moyenne de vol

70 km/h : c’est la vitesse de pointe.

Voilà, ce sont des données « Cigogne noire », mais en les recoupant avec des données « Balbuzards » plus partielles, on peut penser qu’il y a quelques similitudes dans les chiffres… sauf peut-être en ce qui concerne le record de distance journalier : un Balbuzard pêcheur aurait parcouru 954 km en une seule journée !

Balbuzards, le grand voyage… solitaire

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LES MIGRATIONS… LES GRANDS VOYAGES DES OISEAUX…
TOUT UN UNIVERS.
INCOMMENSURABLE… LARGEMENT INCONNU… PARFAITEMENT INCROYABLE !

Un univers tellement vaste qu’en aborder tous les aspects serait une gageure. Si vous souhaitez en connaître beaucoup, nous vous conseillons de vous reporter aux meilleurs ouvrages sur le sujet. Comme le splendide livre « Le peuple migrateur » qui propose des textes très documentés de Jean-François Mongibeaux avec les photos du fantastique film de Jacques Perrin (Éditions du Seuil).

Vous y apprendrez déjà que plus des trois quarts des oiseaux de la planète réalisent une migration. Vous en doutiez-vous ?
Que les voyages aviaires concernent plus de 10 milliards d’oiseaux chaque année, soit plus que la population humaine totale.
Qu’en France, sur cinq cents espèces, une petite quarantaine seulement sont vraiment sédentaires, tous les autres effectuant des déplacements migratoires à des degrés divers.

A défaut, consultez sur Wikipédia la rubrique « Migration des oiseaux« .

AUTANT D’ESPÈCES,
AUTANT DE VARIÉTÉS D’EXPLOITS MIGRATOIRES
Les migrations peuvent être : solitaires ou en colonies ; sur des axes nord-sud ou est-ouest ; de jour ou de nuit ; avec des haltes au sol, ou en vol permanent ; longues ou courtes ; précoces ou tardives ; en vol battu ou en vol à voile…
Les combinaisons de ces nombreux paramètres déterminent un nombre incalculable de circonstances aventureuses qui se traduisent en voyages de rêves… aussi bien qu’en tragédies.

LES TEMPS DES MIGRATIONS
Les migrations étant très liées aux conditions climatiques et alimentaires des reproductions, on parle de migrations pré-nuptiales ou post-nuptiales. Elles s’étalent sur d’assez longues périodes suivant les espèces. Pour celles qui nous concernent, les premières de la fin de l’hiver à la fin du printemps. Et après les reproductions, de la fin de l’été au début de l’hiver. Avec au milieu de ces plages des pointes de passages, en fonction notamment des conditions météorologiques.

Un exemple d’observations que l’on peut faire « sur le terrain »… ou plutôt, au ciel :
« 19/10/2014 – 7h 30 – Belvédère des Caillettes – Avec le temps dégagé et chaud annoncé, le flux des migrations post-nuptiales avait toutes les chances d’être important. A l’initiative d’Alban Larousse, nous nous sommes rendus avant l’aube au meilleur point d’observation qui soit dans le Loiret, où nous avons dénombré dans la matinée plus de 5 000 passages d’oiseaux appartenant à 40 espèces différentes…
Suite avec photos et détails sur le blog Loire & biodiversité. »

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LE PARCOURS DE MIGRATION DU BALBUZARD PÊCHEUR
Évidemment, comme vous le savez, le Balbuzard pêcheur est un de ces grands migrateurs. Et, sauf à l’occasion pour évoquer comparativement d’autres espèces, c’est de lui que nous allons maintenant parler principalement. De lui seul…

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Seul, puisque son voyage est solitaire du départ jusqu’à l’arrivée.
On connaît les grands « couloirs » géographiques empruntés par les Grues cendrées qui voyagent en groupes par milliers : elles n’y passent jamais inaperçues !
Mais, pour connaître les parcours individuels des Balbuzards,  il faut faire appel à des artifices… technologiques : équiper certains jeunes de l’année – par ailleurs identifiables par bagues –  avec des balises Argos pour un suivi satellitaire continu de leurs trajets.
Ainsi, voici une carte établie par nos amis Écossais, pionniers de la restauration du Balbuzard pêcheur… et du suivi des migrations :

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A suivre…

Sylva, Titom, en défense contre les intrus

160703-bc15h34-03-hC’est une scène presque quotidienne sur l’aire du Grand Bois : l’agitation saisit l’adulte présent, qui projette ses ailes pliées vers l’avant et les agite frénétiquement ; et émet des petits cris stridents répétés. Souvent, s’il n’est pas trop loin, l’autre le rejoint et adopte un comportement semblable. Tous deux , les yeux en l’air, suivent des leurs regards un intrus… qui n’est pas forcément dans le champ de la BalbuCam. Mais que l’on peut aussi voir s’éloigner vers le nord ou le nord-est ; ou tourner autour du nid ; ou même, parfois, s’approcher de la plateforme, allant jusqu’à la frôler et même jusqu’à s’y poser.  Ultime provocation plus ou moins prolongée, mais qui n’est généralement pas sanctionnée car les attitudes menaçantes des défendeurs ne sont pas en principe suivies d’un passage à l’acte : des bousculades éventuellement, pas de sang qui coule !

Tout semble dépendre principalement d’un « rapport de forces » psychologique, même si les circonstances peuvent aussi compter : si la femelle est en couvaison ou a des petits à protéger, il faudra sans doute éviter de trop s’y frotter…

Autre cas de figure : Titom – ou Sylva – décolle pour une séquence de poursuite, souvent suffisante pour mettre fin à l’incident.

Quant aux motivations des intrus, elles restent du domaine des hypothèses :  à certaines périodes, on peut soupçonner des tentatives d’appropriation de l’aire par de nouveaux arrivants tardifs.  Au cœur de la saison, ce seraient des individus erratiques qui n’auraient pas mieux à faire que de perturber les autres. Il est vrai que des pères de famille en vol vers la Loire pour la pêche et le nourrissage n’ont pas ce temps à perdre ! Explication pas toujours valable, puisqu’on a vu aussi plusieurs « harceleurs » simultanés…

Dans cette vidéo, deux séquences filmées avant la ponte montrent des scènes d’intrusion très différentes. La première, assez « classique » avec nos deux adultes. Dans la deuxième, une femelle (non baguée) qui s’est posée sur l’aire est « virée » par Titom qui, dérangé pendant son repas, a un demi-poisson au pied . Mais elle insiste, ratant une deuxième tentative, puis revenant se poser pour être enfin chassée par le mâle.
La troisième séquence montre un intrus venu après le départ en migration de tous nos amis dépecer son poisson sur l’aire, et qui s’y attarde.