Balbuzards, le grand voyage… solitaire (suite 2) – Le suivi par « GPS-Argos »

La première expérience de suivi d’un Balbuzard pêcheur par balise Argos remonte à la saison 2006. L’initiative en a été prise par le président de l’association Groupe Pandion, à laquelle nous avions adhéré l’année précédente. Ingénieur à l’I.R.D., François Baillon (ici à droite) avait entrepris cette aventure en coopération avec Damien Chevallier du C.N.R.S. (ici à gauche).

060800-f5-tom f-baillonLe suivi du jeune Tom a apporté son précieux lot d’enseignements aux scientifiques, mais a aussi réservé quelques surprises, jusqu’à l’arrêt inattendu du suivi, dix mois après l’installation de la balise.

 

 

 

Mais laissons les intéressés donner les détails de cette aventure…

En juin 2006, un balbuzard natif de la forêt d’Orléans est équipé d’une balise Argos. Retour sur une opération inédite en France.

Suite à l’accord donné par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, une balise Argos est posée sur un balbuzard immature. François Baillon, ingénieur à l’Institut de Recherche pour le Développement (I.R.D.), qui conduit cette expérience avec l’appui du Groupe Pandion, espère ainsi améliorer la connaissance sur le comportement et l’écologie du balbuzard. Les interrogations qui subsistent sur l’émancipation, l’apprentissage de la pêche, le départ en migration et l’écologie sur les quartiers d’hivernage, trouvent quelques réponses grâce à ce suivi. Grâce aux opérations de baguage qui ont lieu dans plusieurs pays d’Europe, certains aspects de la migration notamment sont déjà connus. On sait ainsi que les juvéniles stationnent généralement 2 à 3 ans sur les sites d’hivernage avant de tenter leur première reproduction en Europe.

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La précision du matériel utilisé, une balise solaire Argos PTT 100 de 35 g équipé d’un système GPS, permet de connaître quotidiennement les activités de l’oiseau. On sait ainsi que l’oiseau s’est essayé pour la première fois à la pêche seulement deux jours après le premier envol, accompagnant son père. Malgré ces déplacements, près d’un mois après son premier vol, le juvénile consomme encore des proies amenées au nid par le mâle.
Après avoir parcouru quelques km plein Est, où il fréquente pendant quelques jours un étang forestier, l’oiseau a vraiment commencé sa migration le 24 août, avant ses parents. Le 27 août, après avoir parcouru près de 300 km durant cette seule journée, il rejoint l’Espagne et passe la nuit auprès du Rio Cinca, en Aragon. Les jours suivants, la trajectoire sud-ouest, vers le détroit de Gibraltar, laisser présager le franchissement de la méditerranée. Contre toute attente, un changement de direction, difficile à expliquer, a lieu le 1 septembre. L’oiseau remonte vers le nord-est avant de franchir la frontière portugaise et d’atteindre les bords du Tage, où il a pu être photographié par un ornithologue portugais (José Viana – Photo ci-dessus à droite). Ce sera finalement le lieu d’hivernage choisi.

070100-migration_tomBien sûr, il n’est pas possible d’extrapoler à l’ensemble de la population, les résultats de cet unique individu. Mais d’autres expériences de suivi satellitaire sont menées, notamment en Espagne dans le cadre d’un programme de réintroduction en Andalousie. Ces suivis démontrent la très grande endurance des balbuzards, capables de parcourir plusieurs centaines de kilomètre sans faire de halte. Le choix des sites d’hivernage reste cependant encore un mystère. Certaines populations de balbuzard, notamment celles du pourtour méditerranéen sont sédentaires tandis que d’autres hivernent en Afrique de l’ouest et d’autres encore stationnent un an au Portugal ou en Espagne avant de traverser le Sahara.

Fin mars, alors que les individus reproducteurs ont regagné leurs quartiers d’été, l’immature équipé reste fidèle au site. Peut-être attendra-t-il la migration d’automne pour traverser la méditerranée ? à moins qu’il ne choisisse un autre fleuve de la péninsule ibérique avant d’atteindre la maturité sexuelle ? La balise sera-t-elle encore en mesure de nous renseigner sur ses premiers ébats amoureux et le difficile apprentissage de la reproduction ?
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Peu après cet écrit, la balise a cessé d’émettre : on ne saura jamais si c’est suite à un incident technique, ou en raison de la mort de Tom. Il faut avoir conscience que, statistiquement, on estime à environ 65% le taux de mortalité des jeunes Balbuzards dans leur première année…

Dix ans après, les sites internet ayant relayé le suivi de cette aventure ont disparu, mais on trouve le plus d’informations concernant Tom sur le site http://wildlifetracking.over-blog.com. Celui-ci est d’une lisibilité médiocre, mais il regroupe, après l’initiative « pionnière » de Tom, l’ensemble des opérations de suivi naturalistes engagées depuis avec des oiseaux ou avec des mammifères en France. Avec, pour chacune, les cartes des suivis qui sont assez parlantes.

A notre connaissance, il n’y a pas eu chez nous de nouveau suivi de Balbuzard pêcheur : pour cette espèce, il faut donc plutôt s’en remettre aux nombreux suivis britanniques. C’est le sens de la carte qui clôturait notre premier article sur les migrations ; carte néanmoins limitée à un trajet Écosse/Sénégal, car beaucoup de parcours aboutissent en Afrique de l’ouest tropicale. Mais les Balbuzards peuvent avoir d’autres « points de chute » africains… Là où l’on trouve du poisson, évidemment : le Lac Tchad, voire encore plus loin au sud-est près des « Grands lacs » qui balisent notamment les frontières de l’Ouganda et de la Tanzanie…

Pour vous donner une idée « synoptique » des caractéristiques de ces vols migratoires, nous emprunterons plutôt les données à des études plus significatives sur un plan statistique, portant sur ces magnifiques oiseaux que sont les Cigognes noires (études relayées sur un site de l’ONF) :

display533x533Un parcours de 5 000 km… en moins d’un mois

L’étude belge d’Anne-Christelle Toussaint a permis de suivre 43 cigognes par télémétrie satellitaire depuis l’Europe de l’Ouest vers l’Afrique. Les résultats sont très intéressants :

. les départs en migration se sont échelonnés entre le 20 août et le 6 octobre, pour une arrivée sur les sites d’hivernage entre le 16 septembre et le 28 octobre
. soit un trajet qui a duré en moyenne 20 jours, auxquels s’ajoutent environ 5 jours de repos
. les jeunes et immatures ont réalisé de plus nombreuses pauses et souvent d’une durée plus longue que les adultes (jusqu’à 15 jours dans le bassin de la Guadiana en Espagne)
. avec 60% des haltes, le site de pause privilégié est sans conteste la région d’Extremadure en Espagne. Même si la France et l’Afrique accueillent les oiseaux pour leurs haltes aux passages des hautes chaînes de montagnes
. une majorité des jours de repos sont pris en conditions météorologiques perturbées (dépressions atmosphériques) lorsque nuages, humidité et vents limitent tout déplacement.

 

Des chiffres impressionnants

5 000 km : c’est la distance moyenne parcourue en un mois

250 km : c’est la distance moyenne parcourue par jour (envol dès 8-9 heures du matin pour 6 à 7 heures de vol)

568 km : c’est le record de la distance parcourue en une seule journée

40 km/h : c’est la vitesse moyenne de vol

70 km/h : c’est la vitesse de pointe.

Voilà, ce sont des données « Cigogne noire », mais en les recoupant avec des données « Balbuzards » plus partielles, on peut penser qu’il y a quelques similitudes dans les chiffres… sauf peut-être en ce qui concerne le record de distance journalier : un Balbuzard pêcheur aurait parcouru 954 km en une seule journée !

Sylva, Titom, en défense contre les intrus

160703-bc15h34-03-hC’est une scène presque quotidienne sur l’aire du Grand Bois : l’agitation saisit l’adulte présent, qui projette ses ailes pliées vers l’avant et les agite frénétiquement ; et émet des petits cris stridents répétés. Souvent, s’il n’est pas trop loin, l’autre le rejoint et adopte un comportement semblable. Tous deux , les yeux en l’air, suivent des leurs regards un intrus… qui n’est pas forcément dans le champ de la BalbuCam. Mais que l’on peut aussi voir s’éloigner vers le nord ou le nord-est ; ou tourner autour du nid ; ou même, parfois, s’approcher de la plateforme, allant jusqu’à la frôler et même jusqu’à s’y poser. Ultime provocation plus ou moins prolongée, mais qui n’est généralement pas sanctionnée car les attitudes menaçantes des défendeurs ne sont pas en principe suivies d’un passage à l’acte : des bousculades éventuellement, pas de sang qui coule !

Tout semble dépendre principalement d’un « rapport de forces » psychologique, même si les circonstances peuvent aussi compter : si la femelle est en couvaison ou a des petits à protéger, il faudra sans doute éviter de trop s’y frotter…

Autre cas de figure : Titom – ou Sylva – décolle pour une séquence de poursuite, souvent suffisante pour mettre fin à l’incident.

Quant aux motivations des intrus, elles restent du domaine des hypothèses : à certaines périodes, on peut soupçonner des tentatives d’appropriation de l’aire par de nouveaux arrivants tardifs. Au cœur de la saison, ce seraient des individus erratiques qui n’auraient pas mieux à faire que de perturber les autres. Il est vrai que des pères de famille en vol vers la Loire pour la pêche et le nourrissage n’ont pas ce temps à perdre ! Explication pas toujours valable, puisqu’on a vu aussi plusieurs « harceleurs » simultanés…

Dans cette vidéo, deux séquences filmées avant la ponte montrent des scènes d’intrusion très différentes. La première, assez « classique » avec nos deux adultes. Dans la deuxième, une femelle (non baguée) qui s’est posée sur l’aire est « virée » par Titom qui, dérangé pendant son repas, a un demi-poisson au pied . Mais elle insiste, ratant une deuxième tentative, puis revenant se poser pour être enfin chassée par le mâle.
La troisième séquence montre un intrus venu après le départ en migration de tous nos amis dépecer son poisson sur l’aire, et qui s’y attarde.

Balbuzards, le grand voyage… solitaire

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LES MIGRATIONS… LES GRANDS VOYAGES DES OISEAUX…
TOUT UN UNIVERS.
INCOMMENSURABLE… LARGEMENT INCONNU… PARFAITEMENT INCROYABLE !

Un univers tellement vaste qu’en aborder tous les aspects serait une gageure. Si vous souhaitez en connaître beaucoup, nous vous conseillons de vous reporter aux meilleurs ouvrages sur le sujet. Comme le splendide livre « Le peuple migrateur » qui propose des textes très documentés de Jean-François Mongibeaux avec les photos du fantastique film de Jacques Perrin (Éditions du Seuil).

Vous y apprendrez déjà que plus des trois quarts des oiseaux de la planète réalisent une migration. Vous en doutiez-vous ?
Que les voyages aviaires concernent plus de 10 milliards d’oiseaux chaque année, soit plus que la population humaine totale.
Qu’en France, sur cinq cents espèces, une petite quarantaine seulement sont vraiment sédentaires, tous les autres effectuant des déplacements migratoires à des degrés divers.

A défaut, consultez sur Wikipédia la rubrique « Migration des oiseaux« .

AUTANT D’ESPÈCES,
AUTANT DE VARIÉTÉS D’EXPLOITS MIGRATOIRES
Les migrations peuvent être : solitaires ou en colonies ; sur des axes nord-sud ou est-ouest ; de jour ou de nuit ; avec des haltes au sol, ou en vol permanent ; longues ou courtes ; précoces ou tardives ; en vol battu ou en vol à voile…
Les combinaisons de ces nombreux paramètres déterminent un nombre incalculable de circonstances aventureuses qui se traduisent en voyages de rêves… aussi bien qu’en tragédies.

LES TEMPS DES MIGRATIONS
Les migrations étant très liées aux conditions climatiques et alimentaires des reproductions, on parle de migrations pré-nuptiales ou post-nuptiales. Elles s’étalent sur d’assez longues périodes suivant les espèces. Pour celles qui nous concernent, les premières de la fin de l’hiver à la fin du printemps. Et après les reproductions, de la fin de l’été au début de l’hiver. Avec au milieu de ces plages des pointes de passages, en fonction notamment des conditions météorologiques.

Un exemple d’observations que l’on peut faire « sur le terrain »… ou plutôt, au ciel :
« 19/10/2014 – 7h 30 – Belvédère des Caillettes – Avec le temps dégagé et chaud annoncé, le flux des migrations post-nuptiales avait toutes les chances d’être important. A l’initiative d’Alban Larousse, nous nous sommes rendus avant l’aube au meilleur point d’observation qui soit dans le Loiret, où nous avons dénombré dans la matinée plus de 5 000 passages d’oiseaux appartenant à 40 espèces différentes…
Suite avec photos et détails sur le blog Loire & biodiversité. »

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LE PARCOURS DE MIGRATION DU BALBUZARD PÊCHEUR
Évidemment, comme vous le savez, le Balbuzard pêcheur est un de ces grands migrateurs. Et, sauf à l’occasion pour évoquer comparativement d’autres espèces, c’est de lui que nous allons maintenant parler principalement. De lui seul…

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Seul, puisque son voyage est solitaire du départ jusqu’à l’arrivée.
On connaît les grands « couloirs » géographiques empruntés par les Grues cendrées qui voyagent en groupes par milliers : elles n’y passent jamais inaperçues !
Mais, pour connaître les parcours individuels des Balbuzards, il faut faire appel à des artifices… technologiques : équiper certains jeunes de l’année – par ailleurs identifiables par bagues – avec des balises Argos pour un suivi satellitaire continu de leurs trajets.
Ainsi, voici une carte établie par nos amis Écossais, pionniers de la restauration du Balbuzard pêcheur… et du suivi des migrations :

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A suivre…

Les trois jours du Circaète

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Chers Balbucamés, en attendant de nouvelles vidéos ou de nouveaux articles concernant la saison 2016 que nous ne voudrions pas oublier, nous vous proposons de faire connaissance d’un autre rapace migrateur rare, le Circaète Jean-le-Blanc. Et ce, en partageant le dernier article de notre blog Loire & biodiversité Sachant que le format des photos sera plus grand ici que sur le blog, Blog que nous vous conseillons de suivre en vous abonnant à sa newsletter – à moins que cela ne soit déjà fait.

24 /09/2016 – 15h 15

Rendez-vous rituel, attendu avec impatience : comme chaque année après l’été, après le départ des Balbuzards pêcheurs, et très certainement entre la fin de son cycle de reproduction et son départ en migration, le Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) que nous avons surnommé Circalat revient chasser au-dessus de la plaine du Mont, et se poser par moments sur la cime des grands Peupliers, au fond de la prairie du Mont…

Le Circaète est économe d’énergie : il sort de préférence aux heures chaudes, lorsque l’ensoleillement du sol ou du fleuve crée des « ascendants » porteurs. Cela lui permet de longs vols planés pendant lesquels il n’utilise que sa queue déployée comme gouverne.

Dès que sa vue perçante détecte un reptile, il passe en mode « vol stationnaire » qui lui, par contre, demande un battement d’aile régulier et rapide : s’il se prolonge, il devient exigeant en énergie.
Ce « vol du saint esprit« , comme on le surnomme, est incroyablement stable, même quand il y a du vent, et peut durer plusieurs minutes. Ce rapace est d’ailleurs le seul que j’aie pu photographier en « digiscopie », procédé qui demande un certain délai de préparation avant de pouvoir prendre le premier cliché… et que le sujet ne change pas de place pour les suivantes !
110831-15serrDigiscopie du 31 août 2011
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Les Corneilles prennent un malin plaisir, en profitant de ces périodes d’immobilité absolue, à venir s’attaquer aux Circas. Pendant le long quart d’heure que Circalat passera ce jour-là au dessus du Mont, il sera harcelé plusieurs minutes par un de ces corvidés qui semblait bien décidé à perturber son battement d’ailes…Mais le rapace a toujours gardé sa stricte immobilité, et visiblement il n’a décroché que lorsqu’il a dû renoncer à la proie qu’il observait.

Le 26, Circalat revient presque à la même heure. Mais même s’il ne reste que quelques minutes dans notre champ de vision, la séance est très excitante : d’abord il arrive de l’ouest avec un second individu (sa compagne, son rejeton ?) ; celui-ci reste éloigné et disparaît assez vite vers l’est ; mais Circalat lui-même me survole assez bas, à 20 ou 30 mètres : avoir ce magnifique oiseau presque plein-champ dans son viseur est un moment rare, presque indescriptible.

Le 27, peu avant 15 heures, Circalat est de retour au rendez-vous aérien, toujours en provenance de l’ouest. Mais après quelques circonvolutions, et sans s’être mis en pause stationnaire, il disparaît au bout de deux minutes du côté des bois.

Téléobjectif monté sur tripode, je m’avance sur la prairie, à couvert quand c’est possible, pour agrandir mon champ de vision : mais plus rien, trop tard ! Surprise, une ombre arrivée dans mon dos me survole ; et un très gros oiseau se pose… à sa place habituelle, sur une branche en boucle en haut d’un peuplier du fond de la prairie. Depuis cet affût, Circalat peut surveiller un chemin de terre où les passages des couleuvres doivent être particulièrement visibles, et il lui est arrivé d’y rester des dizaines de minutes consécutives, voire d’y revenir plusieurs fois.de suite.

Plus près de l’arbre-support, partiellement caché par l’ombre d’un noyer, et sans la risque de flou, fréquent lorsqu’on tient un 600 mm à bout de bras, je peux ainsi prendre une bonne série de photos assez rapprochées… presque autant que les digiscopies des années précédentes.

Ce retour récurrent, année après année depuis 2011, soit six ans, du même Circaète atteste de la présence d’un couple reproducteur à proximité du Grand Bois.

Mais, pas plus que la Bondrée apivore – que nous avons encore vue il y a quelques jours – , le Circaète Jean-le-Blanc ne figure dans « la liste » maudite :celle des oiseaux protégés pour lesquels le Conseil Départemental va demander auConseil National de la Protection de la Nature (CNPN) des dérogations pour pouvoir les détruire. 

Tout cela afin de faire passer le goudron d’une déviation routière inutile et destructrice de près de 30m de large…

Nous vous en reparlerons, car l’aire de Balbuzards et sa BalbuCam sont…dans le collimateur.
De beaux nids-surprises de dernière minute seraient-ils encore à attendre ?

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Titom or not Titom ? Et Vic ?

Mardi 6 septembre, 19h 30 : une séance d’observations depuis notre petit « Belvédère Genevoix » au Mont se termine. Pas grand chose à voir, le cortège habituel des sédentaires, mais pas un seul canard. Peu de migrateurs. A croire qu’avec un étiage à nouveau sévère, la pollution aux hydrocarbures de décembre dernier aurait réapparu et dissuaderait certaines espèces de venir y tremper leurs becs !

C’est toujours quand on vient de replier le matériel et de s’en charger qu’il se passe quelque chose ! On repose en catastrophe, et le temps de réarmer le téléobjectif, le Balbuzard est arrivé en face et passe en vol battu, rapide. Rien d’une maraude de pêcheur, il ne jette même pas un coup d’œil sur l’eau…
Six photos en tout, heureusement relativement nettes, avant qu’il ne disparaisse derrière un Peuplier noir en filant vers l’ouest.

 

Que disent ces photos ?

D’abord une tête qui nous parle : tout à fait le profil familier de Titom, avec un bandeau noir plutôt épais et droit ; le bec court d’un mâle.

Quoi d’autre ? Sur les cinq photos exploitables, seul le tarse droit est visible. On devine une bague alu « muséum », dont la patte de fixation ressort plusieurs fois en contre-jour. Mais on ne voit pas la bague plastique du tarse gauche, présumée orange.

Bon, Titom n’est pas le seul à porter la bague alu au tarse droit, certes. Mais, dans un contexte où on n’a pas vu un Balbu depuis des jours, la probabilité pour que ce soit lui est forte. Un migrateur venu d’ailleurs ne ferait sans doute pas un tel déplacement, il serait en recherche de poisson… ou en vol nord/sud.

Nous en faisons le pari : alors que nous pensions les trois Balbuzards de Mardié partis en migration, au moins un d’entre eux tourne encore dans le secteur…

Mercredi 7 septembre, 17h 30 :
Même motif, même punition ! Alors que je quitte mon belvédère, un Balbu vient de l’ouest, sauf que lui tourne, descend comme s’il allait plonger, remonte… Revient, disparaît, revient… Scrute l’eau…

 

… Et finalement part lui aussi vers l’ouest.

Un peu plus tard, depuis le coteau, on le verra « grimper au ciel » très très haut, au point de flirter avec les Airbus qui déchirent le ciel de leurs traces blanches.

Alors, après Titom, ce Balbu non bagué ne serait-il pas Vic, par hasard ? Vous rendez-vous compte, quel coup de théâtre ce serait !

Ce plumage très régulier pourrait être celui d’un jeune, même si l’on ne distingue pas vraiment de plumage « écaillé » sur les photos où on voit le dos.
Mais il y a quelque chose qui ne colle pas : le bandeau noir qui arrive aux yeux est ici énorme, et droit. Celui de Vic était épais, mais beaucoup moins. et présentait de profil une sorte d’angle à 90° en son milieu.

Nous n’avons pas encore le diagnostic de Maître Alban, mais nous disons : non, ce n’est pas Vic !

Toujours de l’incertitude, voire du mystère… Fermez le ban !

 

Fidèles Balbucamés, quelques infos…

Depuis quelques jours, à part un passage furtif de Titom, plus personne sur le nid des Balbuzards chéris des Balbucamés ! (Si, une mésange, lundi juste après 8h…). Nous comprenons leur commentaires désespérés, mais qui sait… Car ils ne sont pas loin, les bougres !

En effet, les jours derniers, l’Épicéa a reçu des visites récurrentes, surtout les matins et parfois en fin des après-midis : c’est souvent Sylva qui y est restée longuement, mais Titom est venu souvent la rejoindre. Il faut avouer que Vic ne se montre plus beaucoup. Plus du tout. On l’entendait bien encore « couiner » il y a quelques jours, mais plus maintenant.

Sur cette photo, prise ce matin à 8h 30, notre couple attend très tranquillement… Quoique Sylva torde le cou assez souvent, comme si elle attendait quelqu’un dans le ciel.

Cette photo mérite un commentaire et une remarque :
– Elle a été prise à… plus de 600 mètres de distance ! Un exemple des incroyables performances que l’on peut obtenir avec la technique de « digiscopie ».
– Et qu’y voit-on, en dehors de nos oiseaux ? Eh bien vous l’aviez tout de suite remarqué : le haut de l’Epicéa, tout hérissé de branchouilles molles lors de l’envol de Vic le 12 juillet, est devenu progressivement une aire, une amorce de nid chargé de bois sur lequel nos Balbus peuvent stationner sans fatigue, voire bouger… Voire manger, ou donner à manger à Vic : qui sait, on ne peut pas tout observer…

Pourvu qu’ils n’aient pas l’idée d’y déménager pour 2017 : nous serions tous « marrons », comme on dit !

Et puis voici une seconde photo prise sur la Loire hier peu après 18h : Titom s’était soigneusement planqué derrière un grand Peuplier noir pour plonger, et volait vers Saint-Aignan au nord. Je suis remonté en vitesse du Belvédère, mais n’ai pas vu l’oiseau sortir sur le coteau pour aller au grand Bois. Où s’était-il arrêté ?
Qui sait, Vic l’attendait peut-être sur la rive pour un « fast food »… ?

L’énigme du jeune Vic

Des questions reviennent beaucoup dans les commentaires que nos observateurs les plus fidèles mettent sur le site BalbuCam :
« Vic, le voit-on apprendre à pêcher dans la Loire ? ». « Est-ce inné, ou faut-il qu’il apprenne à plonger en regardant ses parents ? ». « Quand attrapera-t-il lui même ses poissons ? ». « Sera-t-il prêt à partir en migration en temps voulu s’il n’est pas encore autonome pour son alimentation ? ». « Alors, il l’a enfin pêché son premier poisson, ce gros fainéant ? » Etc.

Au delà de ces interrogations récurrentes, il y a aussi les appréciations des comportements du jeune Vic.
De ceux, par exemple, que l’on peut observer quand il revient sur le nid pour y attendre – en réclamant avec une véhémence bruyante et insistante – les poissons que lui apportent quotidiennement Titom, en général, ou Sylva, parfois.

Il y a les critiques que suscite ce que l’on pourrait qualifier de son « arrogance » lorsqu’il arrache ces poissons des serres des adultes, et qu’il feint de les abriter sous ses ailes… comme si ceux qui lui avaient apporté allaient lui reprendre ! Ou quand il refuse de rétrocéder un reste alors que visiblement, il n’a plus faim :
« Quel ingrat ce Vic : il se bat bec et serres pour garder son repas, alors que ses parents tentent de récupérer un reste, alors même qu’il s’endort sur son poisson… Pas sympa du tout…! »

Et enfin les regards acerbes portés sur sa croissance accélérée, maintenant sur son appétit féroce et insatiable… alors même qu’il ne semble faire aucun effort pour acquérir son autonomie alimentaire :
 » Vic en train de « s’empiffrer » d’un très bon poisson de Loire »… « On dirait qu’il fait des réserves de graisse pour l’hiver (ou pour le voyage ?) ».


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Alors, qu’en penser ? Vic est-il un « cas » ?
Et ses parents, en satisfaisant toutes ses réclamations au motif qu’il était l’unique rescapé du déluge, en auraient-ils fait un véritable « Tanguy » incapable de prendre de la distance du nid et de ses parents ?

Il nous faut déjà ici redire ce que nous avons répondu en substance aux commentateurs qui nous questionnaient :
Certes, nous n’avons pas encore identifié formellement Vic dans une situation d’apprentissage ou dans celle de recherche de poisson, là où nous faisons des observations quotidiennement. Nos amis ornithos/photographes naturalistes non plus : ceux qui sont passés sur la rive mardésienne de la Loire n’y ont fait que peu d’observations de Balbuzards et n’ont pas identifié Vic.

Mais rien ne dit qu’il n’était pas à quelques kilomètres de là… Ou qu’il ne suivait pas Titom sur un étang dans la forêt à ce moment là.
Ou encore, lorsque nous avons vu Sylva accompagnée lors d’une séance de pêche, l’identification de son partenaire n’a pas été possible à cause de la végétation : il est possible que cela ait été Vic.

Le 15 août, notre spécialiste Alban Larousse réagissait ainsi : « Rien d’étonnant par la date qu’il se fasse toujours ravitailler : il n’est pas plus en retard que la moyenne. Ça va se faire durant la prochaine quinzaine.
Il n’est pas certain qu’il parte dans quinze jours, il peut partir dans un mois et finir aussi son apprentissage en longeant la Loire ».
Mais presque dix jours se sont écoulés, et on n’a rien vu de nouveau…

On peut ajouter ceci :

  • Le secteur de pêche habituel des oiseaux de notre aire présente actuellement quelques handicaps : l’étiage a beaucoup réduit les profondeurs. Et les reproductions ont été nombreuses chez le Goéland leucophée cette année en face du Mont : ceux-ci attaquent systématiquement les Balbuzards, chargés ou non, donc certains préfèrent faire un détour !
  • Plus généralement, on y voit beaucoup moins d’oiseaux et d’espèces d’oiseaux que les années passées : les épisodes de déluge et de crues ont dû détruire beaucoup de portées ; et sans doute déplacer certains équilibres dans la configuration des milieux fréquentés et dans les chaines alimentaires de la faune ligérienne.
    Déjà, concernant « nos » Balbuzards, le nombre de jeunes s’est réduit. Et plus au nord, il y a eu des échecs complets sur certaines aires.
  • La visibilité sur la vie de nos trois « héros » ayant brutalement diminué avec l’envol de Vic, nous pouvions imaginer y pallier par des observations quotidiennes sur la Loire : ce n’est donc pas le cas.

Alors nous avons recherché des points de comparaison avec 2014 et 2015, deux belles années où Sylva et Titom avaient parfaitement réussi leurs reproductions avec trois, puis deux jeunes à l’envol.
Évidemment, même si le scénario spatial était le même, et le scénario familial presque le même, ces comparaisons butent sur le fait qu’en absence de BalbuCam, nos observations en forêt étaient désespérément rares, hasardeuses, laborieuses, et forcément lacunaires !
Néanmoins, quelques constats :

  • Le nombre de jeunes à nourrir imposait un effort multiplié pour les apports de poissons et pour les nourrissages. Mais aussi, fatalement, une moindre abondance de nourriture pour chacun. Après l’envol et en fin de croissance, cela pouvait constituer une stimulation pour aller se servir soi-même « à la source » !
  • D’autant qu’il s’établissait visiblement une hiérarchie dans l’accès aux proies : les aînés d’abord. Mais avec une pression palpable de la part des suivants.
  • Beaucoup de similitudes dans la succession des évolutions sur l’aire, et quelques éléments chronologiques plutôt « rassurants » !

En effet, en 2014, le 14 août, les deux plus jeunes attendaient encore leur approvisionnement sur l’aire ; et le 23, le « petit dernier » y était encore en présence de Sylva pour prendre « livraison » d’un gros demi-poisson et partir avec…

En 2015, les deux jeunes sont vus « à la soupe » sur l’aire le 17 août. Et c’est probablement le second qui se fait ravitailler le 29, et même probablement le 31 où on l’observe sur l’aire avec Sylva.

Et, finalement, beaucoup moins d’observations caractérisées de la progéniture de Sylva et Titom sur la Loire que nous le pensions.

Bref, comme nous sommes condamnés à rester très largement dans l’ignorance des débuts et des suites de l’existence du grand Vic au milieu de l’immense nature, restons confiants pour la suite.

On me demandait il y a peu : « Y-a-t-il une « stratégie » pour inciter les jeunes à s’exercer à la pêche ? ». Pour prendre les choses du bon côté, présumons que la canicule qui va encore régner jusqu’à la fin de la semaine constituera une excellente incitation pour que Vic aille de plus en plus souvent goûter au frais contact de l’eau du fleuve !!!

En attendant, comme les années précédentes, même les rendez-vous « poissons » sur le nid semblent se raréfier. L’Épicéa lui-même semble déserté…

Pour les Balbuzards pêcheurs, la rentrée sera une sortie !

 

Titom médaillé d’or : il réalise un doublé à l’épreuve de pêche-plongeon !

8 août – 9h 20 –
Titom arrive à la Loire, et en quelques minutes fait un petit parcours, se met en vol stationnaire, pique et plonge à mi-corps. Et ressort chargé.
Cependant, regardez bien : ce n’est pas un seul poisson qu’il tient dans une serre, mais deux.

 

 

 

 

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Enfin, au moins deux : il faut mieux ne pas loucher sur la photo suivante, car on pourrait y voir trois poissons, ce qui serait invraisemblable !

Sur la dernière photo du diaporama, tout est rentré dans l’ordre : un seul poisson visible. Les proies surnuméraires ont dû retomber dans l’eau du fleuve…

Hors-champ (suite céleste)

Il n’est pas trop difficile d’interpréter ce qui se passe « hors-champ » de BalbuCam quand il s’agit de pêche dans la Loire ou de positionnements sur le haut de l’Épicéa.

Par contre, lorsqu’il s’agit d’observations des Balbuzards dans le ciel, il y a un moment où ça peut se compliquer sérieusement.

Aucun problème quand Sylva (ou Titom) décollent de l’Épicéa pour venir me saluer : ils sont proches et reconnaissables !

Vous aurez noté que le plumage de Sylva est tout escagassé : facile de l’identifier en vol, en repérant un certain nombre de manques ou de défauts sur ses rémiges ou sur ses rectrices…

En variante, il y a le vol « chargé » d’un de nos adultes, en principe Titom qui a la fonction de « ravitailleur » de la famille. Sans revenir sur les pêches en Loire, signalons que le 16 juillet, nous avons la surprise de voir Titom filer vers la Loire avec un poisson… Enfin, avec un petit reste de petit poisson !

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Hier, lors d’une « Alerte-Intrusion » à 18h 15, on a vu aussi Titom partir en poursuite chargé d’un gros poisson qu’il avait déjà entamé.

On voit le dit poisson réapparaître dans la patte de Titom à 18h 55 pour livraison à Vic, mais réduit à la moitié cette fois-ci.

Il faut constater que l’alerte ayant été levée au bout de cinq minutes, Titom avait dû se nourrir dessus pendant une demi-heure. Pas fou, le père Titom : vu l’avidité de Vic, il a raison de se servir le premier !

 

Tout cela pour dire que le poisson ne se contente pas d’un voyage aller simple Loire-Nid : il peut encore faire plusieurs pittoresques parcours avant de disparaître à jamais !

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Le second cas de figure récurrent, quasiment quotidien, est celui des vols découlant des « alertes-intrusions » (Intrusions dans la zone de défense, variable selon l’espèce concernée : quelques centaines de mètres s’agissant d’un (ou plusieurs) rapace(s), Balbuzard(s) ou autre(s).
Ces alertes sont assez facilement repérables, puisque généralement, lors de ces épisodes, les deux adultes apparaissent sur l’aire, lorsqu’ils en étaient absents. Ils se mettent en défense en agitant les ailes et en poussant des cris plus rauques que les cris habituels.

Si cela ne suffit pas, l’un des adultes part en poursuite. En principe, c’est Titom le guerrier, mais s’il ne fait pas preuve d’une détermination suffisante, Sylva peut « monter au créneau »… A condition évidemment de ne pas avoir une couvée ou des petits à protéger prioritairement. Ce qui est la cas maintenant.

Alors il suffit de sortir et de tenter de suivre la bataille dans le ciel. Il suffit : c’est vite dit, puisque cela se passe généralement à des centaines de mètres, que l’on entend des cris incompréhensibles et que même avec les meilleures jumelles du monde (celles que nous avons :), il est quasiment impossible de savoir qui est qui parmi les silhouettes des belligérants qui de détachent sur le ciel bleu ou se mélangent aux nuages, selon les jours !
Quelquefois, il y en a deux en l’air : on devine. Mais une fois, les trois défenseurs rentrés au nid, il y avait encore cinq Balbus en l’air. Un couple et ses trois jeunes, probablement ?

Le mieux est de photographier ce qu’on peut, et d’essayer de comprendre le film. Et au bout de quelques jours, on a tout oublié !

Alors parlons de ce matin, dimanche 7 août vers 10h 45. Le scénario était beaucoup plus lisible :
– le théâtre des opérations s’était déplacé au dessus de nous.
– Sylva, toujours reconnaissable, menait la bataille, accompagnée d’un autre Balbuzard de son clan, non bagué : vous aurez deviné de qui il peut s’agir !
– Et « l’intrus » (à mon avis tout à fait innocent et dépourvu de mauvaises intentions…) n’était pas un Balbuzard, mais ce rapace que vous auriez reconnu immédiatement :

D’ailleurs, vous, vous l’avez reconnu : vite, identifiez-le pour tout le monde en envoyant le premier, en commentaire, son nom et l’indication de son type d’alimentation !

Pourtant, bien qu’il n’y ait aucun risque de concurrence alimentaire ou immobilière, Sylva semble être vraiment très en colère et très agressive… Tout ça pour écarter une simple B…… ?

A moins que Sylva ne surjoue son rôle de défenderesse dans un souci pédagogique, pour montrer ce qu’il devra faire à l’avenir, à celui qui regarde la scène d’un peu plus haut : Vic, évidemment !

Alors, pour ceux qui réclamaient de le voir en vol, le voici enfin, le héros de l’histoire, dont la trajectoire croise de temps en temps dans le ciel celle de sa mère :

 

A SUIVRE…

Vic et le poisson qui danse

25 juillet 2017

A 17h 47, Vic attend sur l’aire en criaillant. Titom arrive pour lui apporter un gentil poisson.

Le jeune Balbuzard se jette dessus pour s’en saisir, mais dans sa hâte, il fait une fausse manœuvre et le lâche. Le poisson se met alors à se tortiller et à sauter un peu partout sur le nid, devant le jeune impuissant. Titom s’envole immédiatement, laissant Vic se dépatouiller seul.

Le pauvre poisson est le seul à ne pas trouver cette scène vraiment tordante…

Bon, finalement le poisson a été repris en serre, et le dîner de Vic s’est terminé « normalement » : le poisson-danseur a été rapidement englouti !