La première expérience de suivi d’un Balbuzard pêcheur par balise Argos remonte à la saison 2006. L’initiative en a été prise par le président de l’association Groupe Pandion, à laquelle nous avions adhéré l’année précédente. Ingénieur à l’I.R.D., François Baillon (ici à droite) avait entrepris cette aventure en coopération avec Damien Chevallier du C.N.R.S. (ici à gauche).
Le suivi du jeune Tom a apporté son précieux lot d’enseignements aux scientifiques, mais a aussi réservé quelques surprises, jusqu’à l’arrêt inattendu du suivi, dix mois après l’installation de la balise.
Mais laissons les intéressés donner les détails de cette aventure…
En juin 2006, un balbuzard natif de la forêt d’Orléans est équipé d’une balise Argos. Retour sur une opération inédite en France.
Suite à l’accord donné par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, une balise Argos est posée sur un balbuzard immature. François Baillon, ingénieur à l’Institut de Recherche pour le Développement (I.R.D.), qui conduit cette expérience avec l’appui du Groupe Pandion, espère ainsi améliorer la connaissance sur le comportement et l’écologie du balbuzard. Les interrogations qui subsistent sur l’émancipation, l’apprentissage de la pêche, le départ en migration et l’écologie sur les quartiers d’hivernage, trouvent quelques réponses grâce à ce suivi. Grâce aux opérations de baguage qui ont lieu dans plusieurs pays d’Europe, certains aspects de la migration notamment sont déjà connus. On sait ainsi que les juvéniles stationnent généralement 2 à 3 ans sur les sites d’hivernage avant de tenter leur première reproduction en Europe.
La précision du matériel utilisé, une balise solaire Argos PTT 100 de 35 g équipé d’un système GPS, permet de connaître quotidiennement les activités de l’oiseau. On sait ainsi que l’oiseau s’est essayé pour la première fois à la pêche seulement deux jours après le premier envol, accompagnant son père. Malgré ces déplacements, près d’un mois après son premier vol, le juvénile consomme encore des proies amenées au nid par le mâle.
Après avoir parcouru quelques km plein Est, où il fréquente pendant quelques jours un étang forestier, l’oiseau a vraiment commencé sa migration le 24 août, avant ses parents. Le 27 août, après avoir parcouru près de 300 km durant cette seule journée, il rejoint l’Espagne et passe la nuit auprès du Rio Cinca, en Aragon. Les jours suivants, la trajectoire sud-ouest, vers le détroit de Gibraltar, laisser présager le franchissement de la méditerranée. Contre toute attente, un changement de direction, difficile à expliquer, a lieu le 1 septembre. L’oiseau remonte vers le nord-est avant de franchir la frontière portugaise et d’atteindre les bords du Tage, où il a pu être photographié par un ornithologue portugais (José Viana – Photo ci-dessus à droite). Ce sera finalement le lieu d’hivernage choisi.
Bien sûr, il n’est pas possible d’extrapoler à l’ensemble de la population, les résultats de cet unique individu. Mais d’autres expériences de suivi satellitaire sont menées, notamment en Espagne dans le cadre d’un programme de réintroduction en Andalousie. Ces suivis démontrent la très grande endurance des balbuzards, capables de parcourir plusieurs centaines de kilomètre sans faire de halte. Le choix des sites d’hivernage reste cependant encore un mystère. Certaines populations de balbuzard, notamment celles du pourtour méditerranéen sont sédentaires tandis que d’autres hivernent en Afrique de l’ouest et d’autres encore stationnent un an au Portugal ou en Espagne avant de traverser le Sahara.
Fin mars, alors que les individus reproducteurs ont regagné leurs quartiers d’été, l’immature équipé reste fidèle au site. Peut-être attendra-t-il la migration d’automne pour traverser la méditerranée ? à moins qu’il ne choisisse un autre fleuve de la péninsule ibérique avant d’atteindre la maturité sexuelle ? La balise sera-t-elle encore en mesure de nous renseigner sur ses premiers ébats amoureux et le difficile apprentissage de la reproduction ?
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Peu après cet écrit, la balise a cessé d’émettre : on ne saura jamais si c’est suite à un incident technique, ou en raison de la mort de Tom. Il faut avoir conscience que, statistiquement, on estime à environ 65% le taux de mortalité des jeunes Balbuzards dans leur première année…
Dix ans après, les sites internet ayant relayé le suivi de cette aventure ont disparu, mais on trouve le plus d’informations concernant Tom sur le site http://wildlifetracking.over-blog.com. Celui-ci est d’une lisibilité médiocre, mais il regroupe, après l’initiative « pionnière » de Tom, l’ensemble des opérations de suivi naturalistes engagées depuis avec des oiseaux ou avec des mammifères en France. Avec, pour chacune, les cartes des suivis qui sont assez parlantes.
A notre connaissance, il n’y a pas eu chez nous de nouveau suivi de Balbuzard pêcheur : pour cette espèce, il faut donc plutôt s’en remettre aux nombreux suivis britanniques. C’est le sens de la carte qui clôturait notre premier article sur les migrations ; carte néanmoins limitée à un trajet Écosse/Sénégal, car beaucoup de parcours aboutissent en Afrique de l’ouest tropicale. Mais les Balbuzards peuvent avoir d’autres « points de chute » africains… Là où l’on trouve du poisson, évidemment : le Lac Tchad, voire encore plus loin au sud-est près des « Grands lacs » qui balisent notamment les frontières de l’Ouganda et de la Tanzanie…
Pour vous donner une idée « synoptique » des caractéristiques de ces vols migratoires, nous emprunterons plutôt les données à des études plus significatives sur un plan statistique, portant sur ces magnifiques oiseaux que sont les Cigognes noires (études relayées sur un site de l’ONF) :
Un parcours de 5 000 km… en moins d’un mois
L’étude belge d’Anne-Christelle Toussaint a permis de suivre 43 cigognes par télémétrie satellitaire depuis l’Europe de l’Ouest vers l’Afrique. Les résultats sont très intéressants :
. les départs en migration se sont échelonnés entre le 20 août et le 6 octobre, pour une arrivée sur les sites d’hivernage entre le 16 septembre et le 28 octobre
. soit un trajet qui a duré en moyenne 20 jours, auxquels s’ajoutent environ 5 jours de repos
. les jeunes et immatures ont réalisé de plus nombreuses pauses et souvent d’une durée plus longue que les adultes (jusqu’à 15 jours dans le bassin de la Guadiana en Espagne)
. avec 60% des haltes, le site de pause privilégié est sans conteste la région d’Extremadure en Espagne. Même si la France et l’Afrique accueillent les oiseaux pour leurs haltes aux passages des hautes chaînes de montagnes
. une majorité des jours de repos sont pris en conditions météorologiques perturbées (dépressions atmosphériques) lorsque nuages, humidité et vents limitent tout déplacement.
Des chiffres impressionnants
5 000 km : c’est la distance moyenne parcourue en un mois
250 km : c’est la distance moyenne parcourue par jour (envol dès 8-9 heures du matin pour 6 à 7 heures de vol)
568 km : c’est le record de la distance parcourue en une seule journée
40 km/h : c’est la vitesse moyenne de vol
70 km/h : c’est la vitesse de pointe.
Voilà, ce sont des données « Cigogne noire », mais en les recoupant avec des données « Balbuzards » plus partielles, on peut penser qu’il y a quelques similitudes dans les chiffres… sauf peut-être en ce qui concerne le record de distance journalier : un Balbuzard pêcheur aurait parcouru 954 km en une seule journée !
































































