Les trois jours du Circaète

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Chers Balbucamés, en attendant de nouvelles vidéos ou de nouveaux articles concernant la saison 2016 que nous ne voudrions pas oublier, nous vous proposons de faire connaissance d’un autre rapace migrateur rare, le Circaète Jean-le-Blanc. Et ce, en partageant le dernier article de notre blog Loire & biodiversité Sachant que le format des photos sera plus grand ici que sur le blog, Blog que nous vous conseillons de suivre en vous abonnant à sa newsletter – à moins que cela ne soit déjà fait.

24 /09/2016 – 15h 15

Rendez-vous rituel, attendu avec impatience : comme chaque année après l’été, après le départ des Balbuzards pêcheurs, et très certainement entre la fin de son cycle de reproduction et son départ en migration, le Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) que nous avons surnommé Circalat revient chasser au-dessus de la plaine du Mont, et se poser par moments sur la cime des grands Peupliers, au fond de la prairie du Mont…

Le Circaète est économe d’énergie : il sort de préférence aux heures chaudes, lorsque l’ensoleillement du sol ou du fleuve crée des « ascendants » porteurs. Cela lui permet de longs vols planés pendant lesquels il n’utilise que sa queue déployée comme gouverne.

Dès que sa vue perçante détecte un reptile, il passe en mode « vol stationnaire » qui lui, par contre, demande un battement d’aile régulier et rapide : s’il se prolonge, il devient exigeant en énergie.
Ce « vol du saint esprit« , comme on le surnomme, est incroyablement stable, même quand il y a du vent, et peut durer plusieurs minutes. Ce rapace est d’ailleurs le seul que j’aie pu photographier en « digiscopie », procédé qui demande un certain délai de préparation avant de pouvoir prendre le premier cliché… et que le sujet ne change pas de place pour les suivantes !
110831-15serrDigiscopie du 31 août 2011
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Les Corneilles prennent un malin plaisir, en profitant de ces périodes d’immobilité absolue, à venir s’attaquer aux Circas. Pendant le long quart d’heure que Circalat passera ce jour-là au dessus du Mont, il sera harcelé plusieurs minutes par un de ces corvidés qui semblait bien décidé à perturber son battement d’ailes…Mais le rapace a toujours gardé sa stricte immobilité, et visiblement il n’a décroché que lorsqu’il a dû renoncer à la proie qu’il observait.

Le 26, Circalat revient presque à la même heure. Mais même s’il ne reste que quelques minutes dans notre champ de vision, la séance est très excitante : d’abord il arrive de l’ouest avec un second individu (sa compagne, son rejeton ?) ; celui-ci reste éloigné et disparaît assez vite vers l’est ; mais Circalat lui-même me survole assez bas, à 20 ou 30 mètres : avoir ce magnifique oiseau presque plein-champ dans son viseur est un moment rare, presque indescriptible.

Le 27, peu avant 15 heures, Circalat est de retour au rendez-vous aérien, toujours en provenance de l’ouest. Mais après quelques circonvolutions, et sans s’être mis en pause stationnaire, il disparaît au bout de deux minutes du côté des bois.

Téléobjectif monté sur tripode, je m’avance sur la prairie, à couvert quand c’est possible, pour agrandir mon champ de vision : mais plus rien, trop tard ! Surprise, une ombre arrivée dans mon dos me survole ; et un très gros oiseau se pose… à sa place habituelle, sur une branche en boucle en haut d’un peuplier du fond de la prairie. Depuis cet affût, Circalat peut surveiller un chemin de terre où les passages des couleuvres doivent être particulièrement visibles, et il lui est arrivé d’y rester des dizaines de minutes consécutives, voire d’y revenir plusieurs fois.de suite.

Plus près de l’arbre-support, partiellement caché par l’ombre d’un noyer, et sans la risque de flou, fréquent lorsqu’on tient un 600 mm à bout de bras, je peux ainsi prendre une bonne série de photos assez rapprochées… presque autant que les digiscopies des années précédentes.

Ce retour récurrent, année après année depuis 2011, soit six ans, du même Circaète atteste de la présence d’un couple reproducteur à proximité du Grand Bois.

Mais, pas plus que la Bondrée apivore – que nous avons encore vue il y a quelques jours – , le Circaète Jean-le-Blanc ne figure dans « la liste » maudite :celle des oiseaux protégés pour lesquels le Conseil Départemental va demander auConseil National de la Protection de la Nature (CNPN) des dérogations pour pouvoir les détruire. 

Tout cela afin de faire passer le goudron d’une déviation routière inutile et destructrice de près de 30m de large…

Nous vous en reparlerons, car l’aire de Balbuzards et sa BalbuCam sont…dans le collimateur.
De beaux nids-surprises de dernière minute seraient-ils encore à attendre ?

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17 réflexions au sujet de « Les trois jours du Circaète »

  1. Le circaète est vraiment majestueux. Toujours de très belles images, merci au photographe.
    Les corneilles, malines pas possible, en haut du sapin qui se trouve devant mes fenêtres, les corneilles s’en prennent aux pies, elles sont de véritables pot de colle, elles ne lâchent pas leur victimes, finalement les pies s’en vont.

  2. Petit Vic et son adorable famille me manque, j’observe beaucoup les oiseaux, et les balbuzards m’ont tenue en haleine, fascinée, passionnée durant des mois.

    PS : peut-on envoyer un chèque et à quelle adresse, je refuse d’utiliser ma CB sur Internet ?
    Merci pour tout et surtout pour ces magnifiques vidéos.

  3. Oui, je confirme, les corneilles n’hésitent pas à empiéter sur le territoire des autres . Devant chez moi j’ai déjà vu une corneille s’en prendre à un couple de pies qui essayait désespérément de faire un nid dans l’arbre. La corneille poussait des cris menaçants, tournait autour du couple et piquait des branches dans le nid en formation !
    Le couple de pies a fini par changer d’endroit temporairement pour tromper l’ennemi, avant de revenir terminer le premier nid une fois la guerre finie !

    Mais les combats chez les animaux ne prennent jamais l’ampleur du niveau de bêtise que l’on peut observer chez les humains ! Cela reste la plupart du temps dans le domaine de la survie et de l’opportunisme occasionnel !

    Un grand merci à Jean-Marie Salomon et à son équipe de « magiciens » pour nous avoir permis de suivre cette fantastique aventure. J’espère de tout cœur que vous allez remporter le combat pour protéger cette nature libre, et tellement menacée par la prédation du béton !

    Pour que continue cette belle aventure !

  4. La vie de nos amis les oiseaux est bien plus extraordinaire qu’on veut bien le dire.
    En ce moment (toujours en automne) on peut voir les freux se rassembler par milliers. J’en suis le témoin en face de chez moi où ils se rassemble dans la pâture en rive sud à proximité de la Loire (j’habite à Combleux). Ils sont organisés de façon remarquable avec des sentinelles tout autour pour prévenir d’un danger éventuel. C’est un concert de croassements à la tombée de la nuit.
    Autre spectacle amusant, avec les cormorans qui eux aussi sont organisés pour pêcher. Ils le font ensemble en rameutant les poissons. Tout autour c’est une vie intéressante et organisée : les mouettes et les goelands volent au dessus et à chaque fois qu’un cormoran sort de l’eau avec un poisson dans le bec, ils viennent le leur chaparder. Mais ce n’est pas tout, tout autour et sur les berges c’est 30 à 50 hérons et aigrettes qui profitent de ce que les poissons effrayés, s’écartent de la chasse en s’approchant du rivage, et viennent se faire prendre par ces échassiers. Le manège dure de 15 à 30 minutes et se déplace en remontant le courant généralement.
    L’intelligence de ces oiseaux réside dans l’organisation mise en place pour que chacun profite de l’action de l’autre.

    1. Les Corbeaux freux sont particulièrement grégaires. Migrateurs partiels, ils arrivent nombreux dans nos régions occidentales pour l’hiver.
      Quant aux « curées » sur bancs de poissons que vous décrivez très bien, elles sont assez fréquentes en cette saison. Nous en avons montré en photos dans notre blog Loire & biodiversité, dans les articles « Curées de saison… et petite question » du 29/09/13 ou « Curée de folie sur un banc de poisson… » du 09/04/10.

  5. Avons eu l’immense bonheur, lors d’une randonnée en Drôme Provençale, (Les 3 cols à 17 kms de Nyons départ du village de Rochebrune) d’observer le Circaète Jean-le-Blanc durant de longues minutes, vol stationnaire en battant lentement des ailes, pour observer sa proie. Impressionnant et admirable. Un grand moment d’émotion. Bravo pour les photos.

    1. Le Circaète, tout en y restant rare, est effectivement plus familier de la moyenne montagne et de nos régions méridionales, où des terrains secs sont favorables à la chasse des reptiles. La présence de ce rapace dans le Loiret est presque exceptionnelle, et atteste de la qualité de milieux… à préserver.

  6. Circaète ! Première interrogation : qu’es aquò ?
    Un autre rapace, inconnu pour moi, que vos explications et images me font découvrir.
    Je dois reconnaître que cet oiseau est très beau, lui aussi.
    Vos photos sont, encore et toujours, très belles et votre talent de « photographe » remarquable.
    Quelle chance que la vôtre de vivre près de cette Loire qui abrite une faune sauvage aussi exceptionnelle, de pouvoir l’observer et l’immortaliser sur clichés comme vous le faites si bien. C’est un régal pour les yeux.
    ……..
    Dommage que les élus, quels qu’ils soient, n’aient pas la même conception de la nature que celle qui vous anime tant.
    S’entêter à construire une déviation, s’avérant inutile comme vous l’avez souligné à plusieurs reprises, ne peut se comprendre que par intérêt financier.
    L’homme ne cesse de modifier l’environnement, bien souvent à son profit. Cette action n’apporte pas toujours des progrès pour l’espèce humaine et tout ce qui l’entoure.
    En ce qui concerne l’aire de Mardié, cette construction aurait une incidence néfaste sur le milieu naturel due à la déforestation inévitable, avec pour conséquence, une réduction de la biodiversité.
    ………..
    Il a fallu à la Terre des millions d’années pour se former telle que nous la connaissons.
    Au cours de son histoire, elle a connu bien des changements et des bouleversements, mais la loi de la nature a été plus forte et la vie a toujours pu s’adapter au milieu où elle était présente.
    Dommage que l’homme, apparemment atteint d’amnésie sur ce que représente notre bonne vieille Terre, prenne le risque de détruire ces millions d’années de création naturelle.

    . Désertification par déforestation
    . Épuisement des terres à cause d’une agriculture axée sur la productivité
    . Pollution sols et eaux en raison des engrais et rejets industriels
    . Et j’en passe………..

    N’est-ce pas créer là, une bombe à retardement ?
    ……
    Heureusement, vos belles images me ramènent à une meilleure réalité !

  7. Très beau rapace aussi et magnifiques clichés ! Que la nature est belle ! Heureux sont ceux qui savent l’admirer et la protéger ! Rien ne sert d’aller au bout du monde, tout est là à notre portée, il suffit d’avoir tous les sens en éveil : une figure dans un vieux tronc d’arbre ou un nuage, des odeurs qui rappellent son enfance, du lichen sur des arbres et c’est un conte de fées, le soleil à travers les feuillages et c’est une cathédrale ; entendre le battement d’ailes d’un oiseau, le cri perçant d’une buse très haut dans le ciel, et tout oublier!
    Bonne soirée. Liliane

  8. Les oiseaux peuvent ils « jouer » ? J’ai pu ainsi voir une corneille évoluer dans le ciel avec un faucon crécerelle, se poursuivant tour à tour sans cris, sans agressivité apparente, sans proie à voler… Idem entre buse et faucon crécerelle. Comme un ballet silencieux dans le ciel.
    Qu’il est beau ce circa !
    Vous avez de la chance !
    Moi, j’ai traqué ce jour une belle buse variable blanche et j’étais contente… mais ce n’est pas la même dimension!

      1. M. Salomon nous régale une nouvelle fois de ses photos ! Moi qui m’essaye à la photo animalière depuis plus de 30 ans, j’en connais toute la difficulté et particulièrement lorsqu’il s’agit de prendre des oiseaux en vol ! Magnifique rapace que ce circaète. Nous en apprenons toujours un peu plus sur la faune dite « sauvage ». En effet, je pensais que l’expression du « vol du saint esprit » ne concernait que le faucon crécerelle que j’ai très souvent observé dans cette position. Grave erreur de ma part ! Concernant le harcellement des corvidés, j’ai pu assister à ce petit manège sur un balbuzard en juillet dernier au-dessus d’un étang de Sologne. Ce dernier a fini par céder la place. Moi aussi j’adhère pour un CirCam. Encore merci infiniment pour tous ces partages et ces photos qui nous rendent la vie plus belle. On en redemande.

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