Après les envols : sur le nid et hors-champ (2) – Le grand Épicéa

Nous  n’avons pas cessé de le rappeler : le nid n’est pour le Balbuzard pêcheur, comme d’ailleurs pour la plupart des oiseaux, qu’un lieu, ou qu’un « outil » au service de la reproduction. Dans les préliminaires ou vers la fin du cycle, nos rapaces utilisent différents perchoirs adaptés aux circonstances.
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Si nous évoquons souvent le « grand Épicéa« , c’est que la femelle Sylva lui a depuis longtemps attaché une importance particulière. Il bénéficie en effet de plusieurs qualités « stratégiques » :
Une hauteur exceptionnelle. Comme on le voit sur le beau dessin d’Alban Larousse, sa cime dépasse de plus d’une dizaine de mètres la « canopée » du Grand Bois, et dépasse le Séquoia support de l’aire des Balbuzards d’environ dix mètres : le Séquoia  culminant à 30 m environ, accordons 40 m à l’Épicéa. Cela lui permet d’être vu de beaucoup d’endroits, notamment du sud de la Loire. Mais aussi depuis certains espaces d’où nous pouvons l’observer, photographier son (ou ses) occupant(s), voire en faire des gros plans en digiscopie.
Et cela permet à ceux qui sont perchés à son sommet de surveiller les environs à 360° sans aucun obstacle visuel !
Une grande proximité du Séquoia. Une soixantaine de mètres seulement séparent les deux géants. Le sommet de l’Epicéa permet une surveillance « plongeante » de l’aire, et une intervention en cas d’urgence ne prend que quelques secondes.
Cette configuration est tout à fait exceptionnelle !
Un sommet assez plat. Des branches sommitales étaient accessibles, mais le séjour involontaire du jeune Vic en 2016 a conduit les adultes à esquisser une aire… double par apport de bois mort : le stationnement prolongé y est devenu plus confortable.
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Voici l’arbre vu du sol.
Et accompagné du portrait de certains de ses hôtes récurrents. Lors de leur squatt de 2012, les Chouettes hulottes avaient été observées  dans les frondaisons de cet Épicéa : le mâle y dormait, puis le mâle et la femelle, puis les deux petits.

Depuis, le plus proche des nichoirs installés à son pied reçoit la nidification, mais les branches de l’Épicéa continuent à servir de perchoirs annexes/refuges, notamment pour les adultes.

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Au passage : ne vous laissez pas abuser par certains propos folkloriques concernant un prétendu perchoir de Sylva sur un prétendu Épicéa qui serait dans le champ de la BalbuCam : il ne s’agit que d’une branche morte assez basse sur un pauvre Châtaignier visible à gauche du nid : rien à voir avec notre colosse qui est carrément de l’autre côté !

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Voilà, vous savez tout sur le grand Épicéa lui-même. Maintenant, refaisons un peu d’histoire récente :

  • Nous l’avons évoqué : en 2016, lorsque Vic prend un envol peu maîtrisé, il se récupère en se posant en haut de l’Épicéa. Ayant sans doute peur de repartir, il y reste presque une journée… Semant l’angoisse chez nos BalbuFans confrontés à un nid vide !
  •  Cette année, nouvelles angoisses concernant le non-retour de Titom, le partenaire de Sylva. Mais  le 29 après-midi, Sylva intercepte le jeune Reda ; et l’invite à un sage et long « côte à côte »… en haut de l’Épicéa ! Avant de l’accueillir enfin sur l’aire voisine : elle a utilisé cet arbre comme une antichambre, en quelque sorte.

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  • Sylva, depuis les envols de ses trois jeunes, a repris ses habitudes là haut. Nous l’y observons de façon récurrente : elle y passe actuellement plusieurs heures par jour, surveillant les vols de sa progéniture, les apports de poisson, les alertes etc.
    Elle s’installe toujours sur la partie droite du sommet : la plus proche du nid et la plus haute.

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Reda s’y réfugie aussi , mais moins souvent. Il occupe alors exclusivement l’autre partie, certainement aussi stabilisée avec du bois que l’on voit déborder par endroits. Nous avons rapporté qu’il utilisait parfois l’emplacement pour dépecer du poisson, comme on l’a vu le 2 juillet (ci-dessous) ; et nous pouvons présumer qu’il doit quelquefois y passer la nuit.

Par contre, à ce jour,  nous n’avons vu aucun des trois jeunes venir se poser sur l’un de ces emplacements, pourtant très accessibles et voyants. Comme si les adultes avaient émis une interdiction : « Place réservée aux parents » !

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Pas vraiment utile de rajouter d’autres vues qui seraient ressemblantes.  La BalbuCam est une fenêtre sur l’endroit-clé du cycle de reproduction ; les vues du sommet du grand Epicéa sont une lucarne sur le second point fixe le plus intéressant pour cette petite famille de rapaces, donnant une idée d’une partie de leurs occupations quand ils sont « hors-champ ».

 

Reste à observer le ciel, à être là pour y photographier les Balbuzards passants au bon moment, puis à les identifier pour autant que de possible : c’est un vrai sport + un art !

Et reste aussi  à observer la Loire : mais pour le moment, curieusement, les plongeons y sont encore très rares.
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A suivre !

 

 

 

 

 

16 réflexions au sujet de « Après les envols : sur le nid et hors-champ (2) – Le grand Épicéa »

  1. Bonjour Jean-Marie, et à toutes et tous !
    Depuis Mars, tous les jours je vous regarde, du moins je regarde ces magnifiques compagnons ! Je me régale et je leur parle !!! Pour ce fait, j’aimerais posséder votre adresse, afin de vous envoyer ma petite participation, vous le méritez bien, je suis tellement contente de faire voir à mes amis(e) ces phénomènes !
    Merci, grand merci, tout ce que j’espère, c’est que le couple revienne l’année prochaine !
    Acceptez J.Marie, Jérôme, Alban et toute l’équipe, mon amitié…
    Fan45

    1. Merci.
      Adresser votre participation à la secrétaire de MARDIEVAL : Sylvie Boillon – 360 rue des Moulins – 45430 Mardié. Un reçu fiscal vous sera envoyé, vous pourrez ainsi récupérer les 2/3 de votre versement en déduction de votre impôt sur le revenu : ainsi un versement de 60 € ne vous coûtera que 20 €. Merci d’avance

  2. Bonjour,
    C’est superbe de voir ces magnifiques balbus qui ont pris leur envol. L’article sur le Grand Epicéa et le Séquoia sont très intéressants que vous avez évoqués dans l’histoire de ces oiseaux. Le dessin d’Albin Larousse est très beau. Merci à vous Jean Marie. Vivement l’année prochaine

  3. Merci pour vos images. J’espère pouvoir de nouveau regarder les nouveaux balbus l’année prochaine, j’en suis tombée amoureuse.

  4. Article très intéressant Jean Marie, sur ce grand « épicéa » à l’ordre du jour depuis quelque temps.
    Ne connaissant pas le bois de Latingy, difficile donc de situer cet arbre par rapport au nid. L’œil de la caméra étant le seul élément pour nous montrer le déroulement de la vie de ces merveilleux oiseaux sur leur aire, avec néanmoins, un petit aperçu aérien dudit bois.
    Vos explications sur ce hors champ, fort bien illustrées avec le dessin d’Alban et bien entendu vos si belles photos, permettent d’avoir une autre perspective de ce que représente Latingy et aussi une meilleure compréhension du choix de cet épicéa par nos balbuzards adultes.

    J’ai lu les commentaires de Liliane et de Monique. Mon opinion est du même tonneau que la leur.
    Votre « Direct » m’a fait connaître ces oiseaux dont j’ignorais complètement l’existence. Comment ne pas s’émerveiller de les voir évoluer de jour en jour.
    Ils vivent leur vie comme les oiseaux sauvages qu’ils sont.
    Ils reviennent au printemps, se reproduisent et repartent jusqu’à l’année suivante.
    Pas besoin de l’homme. C’est la nature.

    Votre passion pour la nature Jean Marie est grande et perceptible aussi. Connaissant très bien Monique, je peux vous assurer que dans ce domaine, vous vous ressemblez comme 2 gouttes d’eau.
    Votre passion, je l’associe aussi à toute votre équipe. Il suffit de lire les commentaires d’explication, regarder les dessins ou les photos pour le comprendre. Votre partage mérite d’être apprécié à sa juste valeur et en ce qui me concerne, c’est chose faite.

    Voilà ! Seulement, il y a un mais …………….
    Dans vos réponses, les mots « inquiétude » ou « émotion » reviennent comme un leitmotiv.
    Non ! Non ! Ne vous agacez surtout pas !
    Voici un proverbe tibétain qui devrait correspondre à votre pensée : « Si le problème a une solution, il ne sert à rien de s’inquiéter. Mais s’il n’a pas de solution, alors s’inquiéter ne change rien ».

    A tête reposée, force est de constater qu’il sonne juste.
    Mais l’inquiétude fait partie de la nature humaine et dans l’incertitude, certains individus peuvent s’en trouver plus affectés que d’autres. Est-ce une différence notoire entre l’homme et la femme ? Allez savoir !

    Dans votre article, vous faîtes allusion, à juste titre, du non retour de Titom. J’ai moi-même parlé d’inquiétude lorsque l’attente de son retour commençait à se faire longue.
    Mais inquiétude veut dire aussi que le pire est envisageable et dans ce cas, ce fut confirmé par la suite.
    Sensibilité féminine ! Bof ! J’assume, mais cela ne signifie pas que je vois tout en noir ni que je transpose mon ressenti sur ces oiseaux.

    Qui peut affirmer rester de marbre devant un superbe spectacle de quelque nature que ce soit d’ailleurs !
    Qui n’a jamais eu la chair de poule !
    Moi, oui ! Et vous, Jean Marie ?

    1. Merci.
      Ce n’est certainement pas dans mes propos que le mot « inquiétude » revient comme un leitmotiv, mais au quotidien dans certains « posts » et pour des motifs dont nous avons clairement expliqué qu’ils étaient injustifiés (chutes, pénuries de nourriture…). Je répète qu’il ne faut en rien confondre émotion et inquiétude.
      Quant à affirmer que les femmes seraient particulièrement portées à l’inquiétude, je vous en laisse la responsabilité. Cela ne correspond pas à mon expérience, notamment familiale.
      Si nous revenions à nos mout… Balbuzards ?

  5. Grand bravo pour cette fenêtre ouverte sur la vie annexe de nos balbuzards, le dessin d’Alban et vos photos nous permettent d’appréhender de très prêt cette fabuleuse aventure. BRAVO A VOUS TOUS POUR VOTRE IMPLICATION, VOTRE PATIENCE A NOUS COMMUNIQUER DES INFORMATIONS , AFIN DE PETIT A PETIT NOUS PERMETTRE DE CONNAÎTRE LA VIE RICHE EN EMOTION DE LA FAMILLE DE SYLVA ET REDA.

  6. Merci Jean-Marie pour toutes ces infos, photos et belle aquarelle à l’appui.
    J’apprends que ce qui aurait pu être » l’épicéa de Sylva » n’était qu’une branche morte dépassant d’un châtaigner. Merci quand même la branche morte
    Vivement les premières prises ou au moins plongeon des tout jeunes…

    1. – Ceux-ci ne seront pas bagués. Nous nous en sommes expliqués sur le Forum à de multiples reprises, notamment dès la page 3.
      – Reda va bien, merci : on le voit plusieurs fois par jour apporter des poissons sur l’aire, et je le photographie parfois en vol. Mais hier, ses performances n’ont pas été très brillantes.
      – Vic n’a pas donné de ses nouvelles ; il ne reviendra pas encore l’année prochaine ; il ne reviendra pas forcément à Mardié même ; et s’il venait faire un selfie avec la BalbuCam, on ne le reconnaîtrait pas…
      Trois grands articles parlant des migrations figurent sur le blog depuis l’hiver dernier : on y apprend que les jeunes ne reviennent de migration qu’à l’âge de deux ou trois ans.
      Je vous conseille de suivre le Forum principal sur lequel un maximum d’indications ont été ou seront données.

  7. Bravo et merci pour ce superbe montage. Je suis complètement d’accord avec les propos de Liliane. Moi aussi j’ai ressenti parfois des inquiétudes concernant cette magnifique famille de balbuzards. Il n’y a rien de superfétatoire dans ce fait que je revendique à mon tour. Enfin quoi, nous sommes des humains et si nous regardions vivre au quotidien ces merveilleux oiseaux sans éprouver la moindre émotion, je pense que nous serions de vrais abrutis et que vous n’apprécieriez probablement pas ce comportement. Et vous Jean-Marie, ne me dites pas que vous n’éprouvez aucune émotion à regarder et à photographier ces rapaces dans votre petit paradis. Je ne le croirai pas.

    1. Je n’ai jamais parlé d’émotions, mais d’inquiétude. On ne m’a toujours pas expliqué à quoi sert de « s’inquiéter » sans arrêt. A « doper » les émotions ?
      Ce qui doit arriver arrivera, bon ou moins bon, et peindre le futur systématiquement en noir est surtout à mon avis un moyen de se gâcher l’existence.

  8. Comment ne pas aimer ces oiseaux que vous nous avez fait connaître, ils font partie de notre vie à présent : on les voit au quotidien, on s’inquiète pour eux, on sourit parfois de leur comportement. Et grâce à vos si belles photos hors champ, vos dessins tout aussi beaux, vos commentaires, on comprend mieux dans quel milieu ils évoluent, où ils sont, ce qu’ils font… C’est tout simplement formidable le travail que toute l’équipe fournit, cette passion qui vous anime et que vous savez si bien nous communiquer.
    Merci pour tout cela et j’espère que vous continuerez à nous émerveiller !

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